Divagation d’un soir à Anvers

Par Guy Bertrand

Il me semble impossible que quelqu’un parmi vous n’ait pas déjà éprouvé ce moment d’angoisse, de détresse profonde. Le moment où votre vie s’apprête à basculer parce que vous réalisez soudainement que votre préparation peut être insuffisante, que vous n’avez pas les capacités d’accomplir une tâche, que le bord de la falaise est de plus en plus près de vos pieds.

Je ne peux qu’imaginer ce que vivent présentement les candidats de ce XVIe Concours du meilleur sommelier du monde.

Certains chanceux ont sans doute passé une excellente nuit parce qu’ils ont été appelés à la dernière minute pour participer au concours comme cette néerlandaise, Richelle van Gemert, qui a pris la relève de Lendl Mijnhijmer, victime de la maladie.

Pas de pression, right?

OK, quand même un peu.

Un peu parce qu’elle, comme les 65 autres, sont des bêtes de compétition.Ils vivent pour performer et n’aiment pas (détestent??) perdre. 

Ils agonisent sans doute après chaque exercice, le rejouant dans leur tête ad nauseam, essayant de comprendre ce qu’ils auraient pu faire de mieux, avant même de savoir s’ils ont un bon résultat.

Mais si ce résultat vient, c’est l’extase. La chose la plus proche d’un orgasme, sans contact physique.

Cette sensation qu’on voudrait prolonger pour l’éternité mais qui ne dure que dans l’instant. Évanescent. Épisodique. Si bien que le lendemain on veut déjà recommencer.

Une nouvelle amie, Anne, ayant eu vent de mon passé dans la culture sportive, me faisait le parallèle avec les athlètes de haut niveau autour d’une bière. Tellement vrai. Et tellement vrai pour tous les domaines. Ces êtres d’exception ont toujours le regard tourné vers le plus haut sommet.

Mardi soir, ils sauront s’ils font partie du groupe sélect des 18 meilleurs au monde. Les autres ? Certains n’ont pas d’attente. Mais pour la majorité, ce sera une terrible défaite. Terrible parce que magnifiée dans la façon. Un simple petit détail, une consigne mal comprise. Une ligne si fine entre agonie et extase. 

Ne comprennent-ils pas qu’ils sont tout de même dans le groupe des 66 meilleurs de leur domaine sur une planète qui compte plus de sept milliards d’individus.

Jusqu’où faut-il monter avant que le soleil ne brûle nos ailes?

Une réflexion sur “Divagation d’un soir à Anvers

  1. J’ai une question. Quel est le processus de sélection des candidats ? Bref, est-ce que n’importe qui peut s’inscrire à ce concours ? Merci.

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