Le couronnement de la jeunesse

L’Allemand Marc Almert est sacré champion à 27 ans, pendant que Pier-Alexis Soulière est écarté de la finale.

Par Guy Bertrand

Anvers – « Je crois que je rêve encore, je ne peux pas le croire! » Marc Almert était visiblement déstabilisé aprés avoir triomphé lors de la XVIe finale du Concours du meilleur sommelier du monde, à Anvers.

Et pour cause. Le jeune Allemand met la main sur le titre mondial à sa première participation au concours. « Je suis très fier d’être le premier allemand depuis 1998 » a-t-il ajouté sur la scène, mettant en relief la victoire de son compatriote Markus del Monego, il y a 21 ans, en Autriche.

Les genoux de Marc Almert ont fléchi à l’annonce de sa victoire.

Plus tard, en point de presse, Almert a admis qu’il n’avait pas du tout prévu ce scénario. 

« Au début, je croyais que faire les demi-finales serait déjà assez difficile. Alors, je ne pensais pas du tout à la finale, encore moins à la victoire. »

Pour la troisième fois en autant de championnats mondiaux, une femme a atteint le podium, mais la première victoire féminine devra encore attendre. La Danoise Nina Hjgaard Jensen a pris la deuxième, place malgré un petit incident bizarre au cours de sa prestation, alors que le Letton Raimonds Tomsons a terminé troisième.

Soulière résigné

Déception pour Pier-Alexis Soulière, qui n’a pas été retenu pour l’étape ultime. Soulière était visiblement déçu au moment d’aller prendre sa place dans la salle, après avoir reçu son diplôme des mains du président de l’Association de la sommellerie internationale, Andrés Rosberg, mais sa vivacité était de retour à l’issue de la finale.

« Ça fait partie de la game, s’est résigné le Québécois. On a essayé de sortir notre meilleure performance et y a des gens qui ont été meilleurs ce jour-là (jeudi lors des demi-finales). Faut accepter ça. Au début de la semaine, on savait qu’il n’y aurait qu’un gagnant sur 66. On aurait aimé faire la finale mais c’est comme ça. Des fois on gagne, des fois on perd. On s’est bien amusés, on a une semaine extraordinaire, donc que du bonheur! »

Pier-Alexis Soulière et Piotr Pietras, deux Master Sommeliers déçus de ne pas être sur scène.

Le sommelier du restaurant montréalais La Chronique peut se consoler en se disant que plusieurs grosses pointures de la compétition – les Français David Biraud, Julie Dupouy (représentante de l’Irlande), la Roumaine Iulia Scavo, le Polonais Piotr Pietras et le Japonais Saturo Mori – ont aussi tous été contraints à assister à la finale de leurs sièges respectifs.

« Je pense que la sommellerie évolue et il y a peut-être un changement de garde qui est en train de s’établir, a-t-il observé. » 

« Marc est assez jeune, il a 27 ans, c’est un gars pour qui j’ai énormément de respect, et c’est la même chose pour Nina. »

« Y a pas beaucoup de place, seulement trois candidats en finale. Je suis touché d’avoir fait la demi-finale. Je souhaitais bonne chance à tout le monde en début de compétition et il se trouve que c’est Marc qui a été le meilleur aujourd’hui. That’s it. Pas de regrets, vive la sommellerie! »

Un sacré vendeur!

Après la cérémonie du podium, le géant suédois Andreas Larsson, lui-même champion en 2007 et juge de ce concours 2019, tentait de consoler le natif de Plessisville. « Il est vraiment très fort, nous a-t-il souligné. C’est un sommelier qui est jeune, dynamique. Il a beaucoup de connaissances et est un excellent communicateur. Je disais à Olivier Poussier (champion de 2000), c’est un sacré vendeur, il est bon ce mec! »

Le Suédois Andreas Larsson, meilleur sommelier du monde en 2007 et juge de la compétition d’Anvers.

« Mais c’est rare d’être finaliste à son premier championnat. Moi j’avais été déçu en 2004. Je venais de devenir meilleur sommelier d’Europe, mais je n’avais pas atteint la finale au mondial, à Athènes. Il faut juste se dire: Let’s do it again!» 

« Chacun son histoire, réplique Soulière. Moi, comme je lui ai dit, j’ai une confiance aveugle dans les juges et leur façon de noter et si je ne fait pas partie du top trois mondial, j’ai pas envie d’être avec les trois autres. Je vis très bien avec ce qui s’est passé. »

Le déroulement de la finale

La Danoise a été la première à s’exécuter. D’ors et déjà, un micro défectueux a compliqué les choses, puisque l’audience et les juges perdaient l’essence de ses paroles. Loin de se démonter, Jensen à poursuivi avec aplomb. Une deuxième malchance est survenue alors qu’elle faisait le service des verres, au moment où elle est entrée en collision avec une technicienne de son qui cherchait, du moins je le suppose, à aller capter ses paroles avec un micro régulier. Encore une fois la candidate a montré beaucoup  de maîtrise et la foule l’a récompensée par des applaudissements nourris. On lui a, bien entendu, permis de reprendre l’épreuve.

« J’étais vraiment secouée a-t-elle admise lors du point de presse qui a suivi la finale. Avant de reprendre, je me répétais: essaie de te concentrer, essaie de te concentrer. »

Ce qu’elle a réussit avec brio, en route vers la deuxième place, répétant ainsi l’exploit de 2013 de Véronique Rivest, à Tokyo. « J’espère vraiment que le fait que sois une femme en inspire d’autres à suivre le même chemin et de faire cette compétition. (…) Julie Dupouy (3e en 2016) et Véronique Rivest (2e en 2013) qui m’ont précédé sur le podium à ce championnat m’ont toujours inspiré, mais pas seulement parce qu’elles sont des femmes, surtout par  leur élégance et leur façon de se tirer de situations difficiles. »

La foutue pression

Tomsons, le Letton, n’a pas terminé la première épreuve et il a reconnu qu’il aurait aimé la reprendre. « J’’étais un peu perdu, a dit le meilleur sommelier d’Europe en titre. J’ai perdu un peu mes moyens, it’s part of the game! » Notons qu’il a aussi omis de servir les femmes en premier lors d’une autre étape de la finale.

Le candidat letton, Raimonds Tomsons, lors d’une épreuve de dégustation à l’aveugle.

Finalement, Almert, le favori de la foule, a fait rire lors du service du Vega Sicilia en remerciant le client fictif d’avoir choisi une aussi belle bouteille et en s’exclamant « je suis excité! » lorsque le faux client lui a permis de le goûter. 

Le magnifique amphithéâtre du Elizabeth Center, d’Anvers.

On retourne?

Au moment où le rideau tombe sur ce XVIe Concours du meilleur sommelier du monde, la question est maintenant de savoir ce que réservera l’avenir à Pier-Alexis Soulière et à Carl Villeneuve Lepage, éliminé lors des quarts de finale. « On verra, dit Pier-Alexis, ce n’est pas juste ma décision, c’est une décision de famille, d’organisation et d’entourage. »

« C’est pas un one man show, meilleur sommelier du monde. Il y a une personne qui gagne mais beaucoup d’énergie qui est déployée autour de toi pour te rendre là. »

« Je suis épaté par le support que j’ai eu pendant la préparation, que ce soit de la SAQ, de l’ITHQ, des gens avec qui j’ai travaillé à Québec ou à Montréal. C’est une célébration pour Marc, mais aussi pour notre métier et je pense que le Québec a fait très belle figure en présentant deux candidats. Donc soyons positifs et soyons réalistes. Le concours n’est pas une finalité, il y a plein de belles choses à venir! »

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