La révolution, made in Canada!

Anvers deviendra-t-elle la première ville à couronner une femme meilleur sommelier du monde?

Par Guy Bertrand

Anvers – Elles s’appellent Julie Dupouy, Iulia Scavo et Nina Hjgaard Jensen. Et l’une ou même deux d’entre elles pourraient être appelées à disputer la finale du Concours du meilleur sommelier du monde, vendredi, à Anvers.

Encore une fois, cette année, la performance des femmes à ce concours est remarquable. Des sept présentes sur 66 candidats, trois ont donc atteint la demi-finale, alors que les quatre autres n’avaient presque aucune chance, puisqu’elles n’avaient que très peu d’expérience sur un concours international.

La Danoise Nina Hjgaard Jensen, demi-finaliste à son premier concours mondial.

En 2016, elles étaient quatre au début et chacune d’entre elles a terminé dans le top 10! Tout en haut du classement, on retrouvait Dupouy (3e), l’Argentine Paz Levinson (4e) et Élyse Lambert (5e)!

Un grand vent parti du Canada

Les sommelières le reconnaissent toutes. Ce grand tourbillon de performance est né au Canada, d’abord avec le triomphe de Lambert au concours des Amériques en 2009, et surtout avec ce titre de vice-championne du monde décrochée par Véronique Rivest, en 2013, à Tokyo.

« Je pense que Véronique, Élyse, le Québec et le Canada en général sont des pionniers par rapport à la parité et la reconnaissance de l’excellence des femmes dans la sommellerie et dans d’autres corps de métiers », déclare Pascaline Lepeltier, elle-même une pionnière qui est devenue la première femme à gagner le Meilleur ouvrier de France en sommellerie et le concours du meilleur sommelier de France, deux titres acquis en 2018.

Pascaline Lepeltier, Master Sommelier, Meilleur ouvrier de France (2018)
et Meilleur sommelier de France (2018)

« C’est fantastique que ce pays ait montré la voie. C’est fantastique qu’une femme comme Véronique ait décidé de se lancer, de faire des sacrifices personnels et professionnels pour montrer que c’était possible. »

La Roumaine Iulia Scavo était aux premières loges en 2013 pour asssiter à l’exploit. Son visage s’éclaire quand elle se rappelle le moment : « À l’annonce des finalistes, j’étais très heureuse même si je n’étais pas dedans. Nous avions aussi concouru ensemble en 2010, au Chili, où nous étions quatre femmes en demi-finales. Mais là (en 2013), c’était un gain énorme! Ça a donné une image fabuleuse de la femme qui accède à une place aussi haute dans un monde qui était vu quand même d’une manière très uniforme masculine. »

« C’était historique pour le concours en lui-même, ajoute la Française Julie Dupouy, qui représente l’Irlande à Anvers. Le seul fait qu’il y ait une femme en finale, c’était incroyable. C’était devenu notre idole, Véronique. Quand je suis allé à Mendoza (concours mondial de 2016), je voulais aller en finale. C’était mon but. »

« Je voulais faire ce qu’avait fait Véronique. Je l’ai pas tout à fait réussi puisque j’ai fini troisième et pas deuxième. »

L’humilité des grands

La principale intéressée demeure très humble lorsqu’on lui parle de l’impact qu’elle a pu avoir sur d’autres femmes. « Si j’ai eu une influence, je le sais pas. Ça me touche beaucoup. C’est un peu ma grande famille. J’ai vu hier encore les Japonaises de Tokyo qui n’arrêtaient pas de me remercier. C’est quand on évolue à l’international comme ça que l’on a, en effet, cette influence là. »

Trois grandes dames de la sommellerie internationale. Alba Hough, ancienne candidate au meilleur sommelier du monde pour l’Islande, la vice-championne de 2013, Véronique Rivest, et la médaillée de bronze de 2016, Julie Dupouy, également demi-finaliste à Anvers.

« On ne vit pas une parité parfaite, mais il y a énormément de femmes qui oeuvrent dans le monde du vin et de la sommellerie au Québec et au Canada en général, donc j’ai pas vraiment vécu de problèmes de ce côté là. En évoluant à l’international tu te rends compte que ouf, c’est pas pareil partout. Ces commentaires de femmes, justement dans tous les pays où on va, qui me disent des choses comme ça, qui me disent merci tu nous a prouvé qu’on pouvait. »

 « Je ne le réalisais pas. Si c’est vrai, c’est extrêmement touchant, et j’en suis très fière! »

Un impact que les Lepeltier et Dupouy ont eux-mêmes senties après leurs grands faits d’armes. « Les mots d’encouragement et les félicitations de gens que vous n’avez jamais rencontré des quatre coins du monde, c’est vraiment incroyable, dit Dupouy. C’est très, très touchant. On ne se rend pas compte qu’on peut avoir un impact comme ça, parce que nous on vit dans notre petit monde, on fait ce qu’on aime faire, on s’est mis un objectif et on essaie de l’atteindre. Mais ça a l’air d’avoir un impact sur les gens. C’est quand même assez incroyable et très, très émouvant. »

« Ce qui m’a vraiment marquée dans la victoire de ces deux épreuves, souligne Lepeltier, c’est que beaucoup de jeunes sommelières qui sont encore en lycée hôtelier sont venues me contacter après et me dire que je suis un modèle pour elles. Ça veut dire effectivement avoir une stature un petit peu symbolique, c’est plus que nécessaire aujourd’hui. On a l’impression que beaucoup de combats féministes sont gagnés, mais c’est encore faible. »

Perpétuer la flamme

Iulia Scavo, qui donne aussi des cours d’initiation à la sommellerie, cherche à perpétuer la flamme. « Chaque fois que je fais un training, je parle de (Tokyo 2013) en premier. Quand je parle de femmes qui accèdent sur des marches aussi hautes, je pense que ça peut donner de la motivation.(…) Et oui, (Véronique Rivest) c’est un mentor pour nous toutes les femmes. »

Iulia Scavo, une des demi-finalistes de cette année.

« Ce qui est aussi très fort avec Véro, reprend Pascaline, c’est qu’elle ne s’est pas arrêté à elle. C’est que immédiatement et, même avant, elle a été un mentor. Elle a continué à pousser. Si ça avait été une autre femme plus intéressée par elle-même (…) avec un égo démesuré, on n’aurait pas eu le même résultat. »

« C’est une femme charismatique qui a un coeur énorme et qui a eu envie de continuer à pousser pour les autres. »

Le flambeau passe à la relève

Cette reconnaissance n’est pas près de s’étioler. Même si elle ne compétitionne plus, la vice-championne de 2013 continue à être très impliquée sur la scéne internationale. Les plus jeunes la côtoient et apprennent à l’apprécier, comme la cadette du concours de cette année, Dayana Nassyrova, âgée de seulement 21 ans. « Véronique Rivest est une très belle personne. J’aime beaucoup lui parler. Elle m’appuie beaucoup. Elle me dit, tu es jeune, tu es une fille, c’est le temps du women power. Je l’ai rencontrée à Kyoto pendant le concours Asie-Océanie. Elle est vraiment gentille et une bonne personne. Je l’admire et j’aime beaucoup lui parler. »

Dayana Nassyrova, la cadette du concours.

«J’espère que très bientôt une femme gagnera. Ça n’a rien à voir avec le sexisme, ce ne sera que la démonstration qu’il y a de grands sommeliers chez les femmes. »

Ça pourrait arriver dès cette année, Dayana. Et sinon, ce sera peut-être vous, un jour.

« J’espère. C’est mon but. C’est pourquoi je suis ici. »

Ça deviendra une autre bonne raison d’être fière pour Madame Rivest.

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