À la (L)une!

Morceaux choisis d’extraits et de premières pages de quelques journaux à la suite des premiers pas de l’homme sur la Lune.

Par Guy Bertrand

Partout sur la planète, que ce soit le 21 ou le 22 juillet 1969, selon le fuseau horaire, la plupart des grands journaux de la Terre ont célébré, à leur façon, les premiers pas de l’homme sur la Lune.

Chez-nous, comme vous le voyez sur l’image qui coiffe ce texte, ce ne sont pas nécessairement les plus grands journaux qui ont été les plus originaux. Sans les moyens de leurs grands frères, les gens de la Tribune de Sherbrooke s’en tirent plutôt bien avec de bons textes d’agence et l’idée de remodeler le titre du quotidien.

À Trois-Rivières aussi, on doit aussi utiliser des textes d’agence, et on n’hésite pas à mettre en avant les plus étranges idées, comme ce papier qui fait l’horoscope des astronautes.

Le dimanche 20 juillet 1969

Armstrong (lion): « Vous devez vous trouver mentalement en accord avec un changement de voisinage. Possibilité de voyage pour vous.
Aldrin (verseau): « Expérience excitante et stimulante dans des endroits nouveaux.
Rencontre de gens inhabituels. Profitez de l’occasion. »
Collins (scorpion): « Des faits secrets ou cachés peuvent surgir brusquement. Un
danger peut se produire. Soyez alerte et éveillé ».

Dans la capitale, Le Soleil s’exclame Ça y est!

La couverture ressemble à celle des autres journaux mais je souligne cette caricature de Hunter, qui est révélatrice du climat du moment…

À Montréal, le ton est plus sérieux, pour ne pas dire sentencieux. L’éditorialiste Claude Ryan, futur chef du Parti Libéral du Québec, s’exprime ainsi :

« Si l’homme a toujours été en quête de nouveaux rivages et de nouvelles frontières, c’est parce que, tout en rêvant de paix, il a toujours senti, selon le mot de Teilhard de Chardin, que son accomplissement ne pouvait être qu’en avant. Puisse la conquête de la lune être un pas en avant pour les hommes non seulement sur le plan scientifique, ce qui est déjà acquis, mais aussi et surtout sur le plan politique et moral. Car ce n’est qu’à ce dernier niveau qu’elle exprimera en plénitude la richesse de l’homme. »

Dans La Presse, Jean-Paul Dazé relève ces mots lus par Buzz Aldrin, au nom de l’équipage d’Apollo 11, quelques minutes après l’alunissage du Eagle: “Je voudrais saisir cette occasion pour demander à tous ceux qui nous écoutent, où qu’ils soient, de se recueillir pour un instant, de méditer sur les événements des dernières heures et de rendre grâce chacun à sa façon ».

Monsieur Dazé enchaîne de cette façon :

« Beaucoup de choses seront dites et écrites au sujet de cet exploit; souhaitons qu’elles aient la même sincérité et la même simplicité que celles des principaux acteurs de l’événement.« 

Juste en bas de cette sage conclusion, le responsable de la mise en page a placé un texte de l’AFP intitulé Réflexions lunatiques

Au Canada anglais

L’équipe éditoriale du quotidien montréalais The Gazette appelle à la solidarité humaine.

« Lorsque les Américains et les Russes auront tous deux conquis la Lune, espérons que la vision qu’ils auront de la Terre en sera une teintée d’humilité et que les divisions humaines seront perçues comme les folies qu’elles sont. Unies dans la plus grande entreprise de l’histoire de l’Homme, toutes les nations de la Terre pourraient travailler de concert à la conquête de l’espace, un idéal pacifique.

De grands espoirs?

C’est le temps d’avoir de grands espoirs.

Aujourd’hui, des hommes ont marché sur la Lune. »

À Toronto, le Globe and Mail parle d’une gigantesque fête organisée au Nathan Phillips Square, où les citoyens étaient invités à observer la première marche lunaire de l’histoire sur un écran de 30 par 40 pieds. Le journaliste constate que des huées se sont fait entendre dans la foule de 35 mille personnes lorsque le consul général américain Allen Moreland a voulu prononcer quelques mots. Cette même foule s’est réjouit quand l’annonceur maison a mentionné que l’écran géant installé à Montréal (devant le pavillon de la France, à Terre des Hommes) ne faisait que 20 par 15 pieds. Et ce même journaliste relate enfin une anecdote qui nous rappelle que le Flower Power est encore bien vivant…

« Six adolescents, trois garçons et trois filles, se sont présentés au square tout habillés de vert, les cheveux teints en vert, en plus des mains et de la figure peints en vert. Ils se sont assis en cercle et ont fait le signe de la paix aux passants. »

Dans les vieux pays…

Pour l’Europe, on cite deux éditorialiste suisses.

D’abord, dans la Feuille d’avis de Lausanne – une des rares premières pages en couleur – Pierre Cordey souligne que ce moment historique est en fait multiplié par deux.

« Deux exploits prodigieux ont été accomplis cette nuit. L’homme a mis le pied sur la Lune, et la Terre entière a pu le suivre de seconde en seconde. Lorsque, il y a soixante ans, Peary atteignit pour la première fois le pôle Nord, il ne fallut pas moins de cinq mois pour que la nouvelle de sa victoire parvienne au monde civilisé. (…) Le 21 juillet marque donc aussi le triomphe de la technique des ondes et, avec elle, de ce phénomène de notre temps, les communications de masse. »

Dans Le Matin, Jean A. Dumur constate la grandeur de l’exploit et pose une question courte, mais combien pertinente.

« Pour la première fois, l’humanité se trouve confrontée à un horizon sans limite, placée au seuil d’un plongeon vertigineux dans un espace dont on est assuré de ne pas connaître la fin. La Lune n’est qu’une étape, l’aube d’un renversement peut-être déchirant. Au-delà, il y a tout le reste. Quoi ?« 

Une couverture exhaustive…

De tous les journaux consultés, le New York Times assure la couverture la plus complète et de loin. Un premier cahier de 18 pages avec textes, photos et graphiques.

Je retiens ces deux pages de réflexions des grands de ce monde, incluant le Dalaï Lama, l’auteur Vladimir Nabokov, l’entrepreneur Henry Ford, mais plus particulièrement les trois qui suivent, incluant le coup de pinceau final d’un grand artiste.

« De concert avec ce développement de l’espace qui est en quelque sorte l’épanouissement de la civilisation vers les étoiles, nous devons protéger la surface de la Terre. C’est encore plus important. »

– Charles Lindbergh, premier aviateur à relier New York à Paris, sans escale.

« L’Amérique doit regarder la Terre, pas l’espace. Avant qu’un seul autre dollar soit dépensé dans l’espace, nous devons nous assurer qu’aucun enfant de la Terre ne se présente à la table à dîner sans qu’il y ait de la nourriture sur celle-ci. »

– Charles Evers, maire de Fayette, au Mississipi

« Ça ne signifie rien pour moi. Je n’ai pas d’opinion là-dessus et je m’en fous! »

– Pablo Picasso

Sur le même sujet: Un petit pas pour l’homme…

3 réflexions sur “À la (L)une!

  1. Merci, Guy, pour cet excellent recueil d’une page de notre histoire. Ton travail professionnel nous offre un retour inégalé à un événement charnière de ma génération et un tremplin de développement technologique qui meuble notre quotidien courant. Ta plume demeure un souffle d’air frais dans cette époque d’écrits mal ficelés. Au plaisir de continuer à te lire.

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