Les montagnes qui touchent aux étoiles

Seconde partie de notre retour au Portugal

Par Guy Bertrand

En route vers Porto, nous avions déjà établi que nos destinations seraient à l’opposé du traditionnel parcours du voyageur qui s’initie au Portugal.

Nous allions donc éviter le littoral, du moins en grande partie, puisque nous avions déjà visité les Cascais, Sintra, Nazaré, Obidos et compagnie, lors d’un précédent voyage.

Un blanc château

Prenons donc le volant vers Castelo Branco, au nord-est de Lisbonne, près de la frontière espagnole. On disait, il y a quelques années, que cette ville était une des plus isolée du pays. Ce n’est plus le cas depuis que l’autoroute (A23) se rend à ses portes.

Fondée par les Templiers au XIVe siècle, la ville a notamment été au cœur de l’invasion napoléonienne de 1807, les troupes du général Jean-Andoche Junot l’ayant pillée à la fin novembre. Elle sera aussi au centre de la rébellion qui suivra l’été suivant.

Aujourd’hui, c’est plus tranquille… surtout quand on y débarque lors d’un jour férié plutôt pluvieux. Le bon côté, c’est que ça nous donne beaucoup, mais alors là beaucoup d’espace, pour visiter la ville et ses vieilles rues moyenâgeuses.

On s’attarde aux étonnants jardins du palais épiscopal. Le ciel orageux donne une apparence un peu sinistre à cet endroit où on s’est amusé à disposer des statues pour un oui ou pour un non. Statues représentant les signes du zodiaque, quelques saints, des anges, des continents, l’enfer et les rois du Portugal. À noter que les représentations des monarques d’origine espagnole sont beaucoup plus petites que celles des portugais.

Puis, on amorce la longue et abrupte montée vers les ruines du château des Templiers dont l’attrait principal est le panorama qu’il offre sur la région.

On redescend pour prendre l’apéro et déguster les réputées charcuteries de la région à la Boutique de Presuntos (59 rua do Campo dos Mártires da Pátria), sur une grande place qui donne sur le centre culturel local, et on se résigne à souper au Hamburgueria da Baixae (Praça da Municipio 6000-251), puisque c’est le seul resto ouvert ce soir-là. Eh bien, surprise! C’était vraiment délicieux, sans compter l’accueil chaleureux de Diogo que je soupçonne d’avoir été très heureux de voir arriver des clients. Une petite bouteille de Tejo Tinto (Alqueve 2015, si ma mémoire est bonne) et 25 euros plus tard, on rentrait à la maison pour un beau dodo réparateur, en se demandant quand même pourquoi diable on avait eu l’idée d’installer cette cage avec un panier de basket au bout d’un escalier!?!

Où est la laine?

Le lendemain, on se lance à l’assaut des montagnes. Mais avant, un petit arrêt à Covilhã, aux portes de la Serra da Estrela, pour permettre à Madame de faire une visite au Musée de la laine, de l’Université du Beira Interior. Déception pour ma compagne tricoteuse. Ici, tout n’est que machinerie et métiers à tisser. Elle espérait y trouver de la laine locale. On se reprendra.

Un instant, cet arrêt à Covilhã n’aura pas été inutile. Une petite marche nous fait découvrir une charmante petite ville, évidemment bâtie en hauteur, mais qui a développé un intéressant système d’ascenseurs et de passerelles pour passer d’un niveau à l’autre.

Cette petite marche nous aura aussi permis de tomber sur le restaurant Alkimya (1, avenue Frei Heitor Pinto) qui est aménagé dans une ancienne bibliothèque . Endroit charmant, cuisine exquise et petits prix. Que demander de plus?

Rien à voir avec des collines

Nous nous attaquons maintenant aux joliment nommées montagnes des étoiles ou Serra da Estrela. Ce n’est rien de moins que le deuxième plus haut sommet du Portugal qui nous attend. La plus haute montagne du pays, le mont Pico, est aux Açores.

Attention ça grimpe sérieusement. Mais la petite Peugeot 208 n’est pas effarouchée. Moi, un peu plus, car légèrement sujet au vertige, je me retrouve au beau milieu d’abruptes falaises et de pics vertigineux. Une chance, la route est belle et il y a des garde-fous partout, ce qui n’a pas toujours été le cas au Portugal. La montée se fait donc assez sereinement et les nombreux espaces prévus le long de la route nous permettent de nous arrêter et de profiter de ce majestueux paysage.

À quelques centaines de mètre du sommet, nous sommes surpris de découvrir ce petit sanctuaire au milieu de cette immensité.

Nous sommes en présence de la patronne des bergers, la Senhora da Boa Estrela, ou si vous préférez Notre-Dame de la bonne étoile. Cette sculpture a été érigée en 1946 et fait plus de sept mètres de haut. Je ne suis pas religieux, mais je ne peux qu’être renversé par la dévotion des gens qui ont créé ceci à plus de six mille pieds d’altitude.

L’arrivée au sommet du Torre est à couper le souffle… littéralement! Il vente si fort qu’on est constamment repoussé dans notre progression pour aller au bout de l’observatoire. Ici, il y a encore de la neige. Avec le vent, on doit être sous zéro.

La Pousada de la Serra

Puisque nous célébrons l’anniversaire de notre union, nous nous sommes payés un petit séjour en Pousada, dans la chaîne de montagnes des étoiles. Ces auberges ont été construites dans d’anciens monastères, palais ou édifices patrimoniaux. Dans le cas qui nous occupe, on parle d’un ancien sanatorium, ces établissements spécialisés dans le traitement des maladies pulmonaires. L’endroit est grandiose et la table répond largement à nos attentes. Et pour nous pousser à la consommation, les vins de la région sont en réduction de 20%, ce qui est appréciable dans ce genre d’endroits. Bref, la prochaine journée sera consacrée à la farniente avec tout ce que ça apporte de massage, saunas, piscine, lecture, etc. etc. Coup de hasard bien accueilli, on nous envoie de la flotte toute la journée. Ce sera la seule véritable journée de pluie du voyage.

Mais pas question de nous embourber dans le luxe. 24 heures plus tard, on revient vers le littoral en passant notamment par la route nationale 230 entre Caramulo et Águeda puisque nous avions lu dans un guide qu’il s’agissait là d’une des plus belles routes du pays. Grosse déception! Beaucoup de camps forestiers, de machinerie lourde et ces magnifiques virages escarpés qui, ici, ne sont toujours pas munis de garde-fous. Petite consolation en arrivant à Agueda où nous avons dégusté l’excellente cuisine maison d’un accueillant petit resto de routards pour une bouchée de pain (mauvais calembour assumé).

Les canaux d’Aveiro

On fonce ensuite vers la Venise du Portugal: Aveiro. Bon, comme toutes les villes qui se disent la Venise de quelque chose, la comparaison ne tient pas vraiment la route, mais il s’agit néanmoins d’un très jolie petite ville. Nous avons évidemment profité de la visite des canaux à bord des moliceiros, ces barques qui servaient autrefois à transporter les algues de l’océan vers les terres où elles étaient utilisées comme fertilisant. Notre hôte Luis (Airbnb, Sailorman House), nous avait avisé de choisir les opérateurs qui portent un chandail rouge, car il s’agit d’authentiques habitants d’Aveiro qui pourront mieux vous renseigner sur les environs.

Luis nous a aussi bien conseillé pour l’endroit ou prendre l’apéro et celui pour le repas du soir. Donc, après la mini-croisière et une belle promenade dans les rues de la partie nord de la ville, nous sommes allés refaire nos minéraux au Mercado Negro, un bel espace situé à l’étage d’un vieil édifice qui donne sur le canal principal (17 rua João Mendonça). Le bar prend tout l’étage et on peut aisément imaginer que la jeunesse locale doit bien remplir la place les vendredis et samedi soirs. Bières artisanales et belle sélection de vins au verre dans une ambiance très décontractée. Amateurs de bière, je vous recommande fortement la Gulden Draak (dragon doré), une excellente rousse qui tire à 10,5%. On profite aussi du moment pour admirer de plus près les moliceiros et leur proues habilement décorées. Ça va du classique saint jusqu’au légendaire Eusebio (joueur de soccer), en passant par quelques scènes disons suggestives…

On traverse le canal, et on a droit au plus beau coin de la ville. De magnifiques bâtiments décorés d’azulejos de toutes les couleurs, qui se montrent sous leur meilleur jour à la brunante. Cette petite marche nous amènera à la seconde suggestion de Luis, l’Adega Evaristo (14, rua 31 de Janeiro), un resto tout ce qu’il y a de plus portugais qui se spécialise dans les grillades. Juste écrire à son sujet me donne l’eau à la bouche. Un autre succès gastronomique à prix plus que raisonnable.

Bon, une petite marche pour revenir à l’appartement, et on se prépare à traverser le Douro, vers le nord. Une première pour moi! Ce sera le sujet du chapitre final de nos aventures au pays d’Amália Rodriguez.

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