Comme un vieux chum…

Retour au Portugal, en commençant par Lisbonne.

Par Guy Bertrand

C’était la troisième fois que nous mettions les pieds dans ce pays magique. Une fois dans une autre vie, avant de nous rencontrer, et la deuxième fois avec Madame depuis que nos destins se sont croisés dans les vagues du Pacifique, il y a déjà quelques années.

Pour moi, retourner au pays de la saudade c’est comme retrouver un vieux chum que j’aime bien mais que je ne vois pas souvent. Quand je le revois, il est un peu plus gros, un peu plus vieux, il a un peu moins de poils sur la tête, mais son âme demeure la même.

Depuis 2002, Lisbonne et Porto ont pris une folle expansion, mais le cœur demeure le même. Les petites routes de campagne font de plus en plus place aux autoroutes pour le meilleur et pour le pire. Et l’Algarve… Aussi bien vous dire, nous avons volontairement évité l’Algarve. C’était déjà devenu la Floride il y a 15 ans entre Vila Real et Lagos, alors j’imagine que ça ne s’est pas amélioré.

Nous avons donc concentré nos efforts sur Lisbonne et le nord.

La capitale et ses tramways

Nous avons choisi le quartier d’Alfama comme base dans la capitale. Le quartier du château de St-Georges, de la majestueuse Sé (la cathédrale), de la Porte du soleil et d’une multitude de petits restos plus ou moins portugais où le fado est bien souvent à l’honneur. Le fado… L’expression de la saudade, ce mélange de mélancolie, de nostalgie de vague à l’âme qui tisse le caractère de ce peuple attachant.

C’est aussi un peu à l’extérieur de la limite nord du quartier qu’est le point de départ du fameux Tram 28. Les vieux trams de Lisbonne ont un charme fou mais aucun n’offre une expérience comme le 28 qui vous fera traverser une bonne partie de la ville, d’est en ouest, si vous partez de la station de métro Martim Moniz.

Assurez-vous d’arriver tôt! Vous ne serez pas seuls à vouloir faire le trajet. Le point de départ est à l’arrêt situé sur la Praça do Martim Moniz, un peu au sud de la station de métro. Si vous êtes au bon endroit, vous devriez voir la façade de l’Hôtel Mundial de biais à votre gauche. Si vous devez prendre le métro pour vous rendre, munissez-vous d’une carte pour la journée dans un distributeur automatique qui vous reviendra à 6,40 € (+ 0,50 pour la carte rechargeable) et vous permettra d’avoir accès au métro et à tout le réseau de tramways et d’autobus pendant 24 heures.

Vous entendez la cloche? c’est le signal du départ d’une randonnée étonnante qui vous marquera par l’étroitesse des rues, leur dénivelé parfois improbable, les virages qui semblent impossibles, ce don des automobilistes lisboètes de se faufiler à l’aveugle sans se tuer et par les panoramas extraordinaires qu’offrent quelques unes des sept collines de la ville.

Une petite balade à bord du tram 28

Arrivé au terminus, sur la Praça São João Bosco dans le quartier Campo de Ourique, vous devrez descendre quitte à remonter immédiatement dans le tram suivant pour revenir vers la Place du commerce.

Praça do Comércio

Cet immense espace qui donne sur le Tage, est le point central de la ville pour plusieurs lignes de transport en commun, et un point de rassemblement pour ses habitants, les touristes et… plusieurs pigeons et mouettes. Soleil ou non, je vous conseille le chapeau question d’éviter d’avoir à vous rincer les cheveux dans une toilette publique, une scène dont ma compagne a été témoin et qu’elle a pris un grand plaisir à me raconter (on repassera pour la compassion).

En plus d’admirer les rives du fleuve, le Pont du 25 avril ou le gigantesque Cristo Rei, sur la berge opposée, l’occasion est belle pour aller approfondir nos connaissances sur les vins locaux. Ça tombe bien, une salle de dégustation des Vinhos de Portugal est directement sur la Place, à votre gauche en faisant dos au fleuve. Pour un euro (remboursable au retour), on vous donne une carte que vous chargerez au montant que vous désirez et que vous pourrez utiliser dans les distributeurs qui ressemblent beaucoup à ceux que vous trouvez dans les SAQ Signature (pour les lecteurs du Québec). Alentejo, Bairrada, Dão, Douro, Ribatejo, que ce soit pour du blanc ou du vinho verde, du rosé, du rouge ou le fameux porto, vous trouverez un nectar à savourer. Comptez un à trois euros le verre, dans la plupart des cas.

Tout ça vous a donné faim? Dirigez-vous à l’autre extrémité de la place en saluant au passage José 1er (roi du Portugal de 1750 à 1777, considéré comme un grand réformateur) et arrêtez-vous au Musée de la bière, pour vous sustenter et évidemment déguster une petite froide locale que ce soit sur la terrasse où confortablement installé dans l’agréable décor à l’intérieur. Bouffe très bonne et coûts relativement modérés considérant l’endroit. Et, oui, il y a aussi du vin au Musée de la bière…

Belém, entre tour et monastère

Madame posant fièrement devant son tuk-tuk.

Le tramway comme le métro à Montréal, ça peut tomber en panne. Nous devions en prendre un (tramway) pour nous rendre à Belém en après-midi, mais la technologie en a décidé autrement. Solution de rechange, les tuk-tuk qui ont envahi les rues des grandes villes portugaises (du moins, Lisbonne et Porto) au cours des dernières années. Formez une équipe de quatre et vous pouvez vous rendre à destination pour 5 euros par personne. Dans notre cas, un charmant couple composé d’un New-Yorkais et d’une Moscovite ont accepté de tenter l’expérience avec nous. Une petite demi-heure plus tard, nous étions ébahis devant l’imposant Monastère des hiéronymites (Mosteiros dos Jeronimos), dont la construction a commencé à la fin du XVe siècle sous le règne de Manuel 1er, et qui est donc un des premiers exemples d’architecture de style manuélin. La secte des hiéronymites étant dévouée à St-Jérôme, les représentations de celui-ci foisonnent à l’intérieur du monastère et de l’église qui abrite aussi la sépulture de Vasco de Gama, un des grands explorateurs de son époque qui fut le premier à trouver la route des Indes en passant subtilement du bon bord, contrairement à ses prédécesseurs.

Après cette visite, une marche d’une dizaine de minutes nous amène à la Tour de Belém, érigée entre 1514 et 1519, aussi à l’initiative de Manuel 1er – qui ne regardait pas à la dépense – dans le but de protéger le port de Lisbonne. Il faut monter jusqu’au sommet pour profiter de la belle vue que nous offre l’estuaire du Tage. Attention, c’est le même escalier très étroit qui vous mènera en haut et vous fera redescendre. Il est essentiel de respecter les feux de circulation placés aux portes pour éviter la frustration des autres visiteurs. Prévoyez une bonne attente (20-30 minutes) avant de pouvoir pénétrer dans la tour.

Un arrêt chez Valdemar…

Un peu fatigués, mais bien repus d’histoire, prenons la route de la maison, et arrêtons nous O Cantinho da Rute, sur la rue San Miguel, où le bon Valdemar nous distraira de ses histoires les plus farfelues pendants que nous dégustons quelques charcuteries et autres tapas, bien arrosées d’une sangria branca ou d’une bonne bière. Et, qui sait, s’il apprécie votre compagnie peut-être vous fera-t-il goûter à sa fameuse Ginja, une liqueur de cerises, qui jure-t-il est une des rares qui se fait toujours de façon artisanale, et qui lui vient d’une ferme de la région d’Obidos. On le croit sur parole!

Un château portugais dédié à un saint anglais

Le lendemain, décalage aidant encore un peu, on se lève tôt pour aller visiter le Castelo de São Jorge qui est en fait le St-Georges des Britanniques, celui qui trucide le dragon. Alors qu’est-ce que le saint anglais fait ici? Les versions diffèrent. D’abord, un peu d’histoire. On doit les premières fortifications aux Maures qui les érigèrent au Xe siècle. Ceux-ci en ont été chassés au XIIe siècle par les armées de la Reconquista d’Afonso 1er, composées en partie par des troupes de chevaliers croisés en route vers la Terre Sainte. L’enceinte étant devenue chrétienne, notamment grâce au sacrifice ultime du chevalier Martim Moniz, on décida de la dédier à St-Georges, un des auréolés les plus en vogue chez ces gens (les croisés) à l’époque.

La deuxième version, plus divertissante, veut que le roi João 1er le nomma ainsi vers la fin du XVe siècle à la demande expresse de sa douce moitié, la plantureuse Philippa de Lancaster, une Britannique. On ne sait pas quel mauvais coup João avait fait pour se résoudre à lui donner raison mais les méchantes langues racontent que sous une apparence pieuse et modeste, la Philippa avait pas mal le contrôle sur la maisonnée.

C’est Saint-Georges lui-même qui nous accueille aux portes du Castelo.

Mais je m’égare. Après une solide ascension dans les ruelles et les escaliers de l’Alfama, nous parvenons donc aux portes du château quelques minutes après l’ouverture. Dès l’entrée, la terrasse nous offre un superbe panorama de la ville et du Tage. Déjà, on est bien content d’avoir fait l’effort d’arriver tôt. Il y a peu de touristes et les fortifications nous appartiennent. Ça ne prend pas beaucoup d’imagination pour imaginer la vie ici à l’époque médiévale de même que les furieux combats dont ont été témoins ces murailles d’une autre ère.

En haut de chaque rempart, on découvre une autre magnifique vue de Lisbonne qu’on peut aussi observer via la camera obscura, un ingénieux procédé alliant miroirs et leviers situé dans une des tours, qui permet d’obtenir un portrait à 360° de la ville, en direct.

On peut ensuite flâner à l’intérieur de l’enceinte et observer les nombreux paons qui ne sont pas du tout gênés de se faire prendre en photo et qui ne se font pas prier pour faire la roue. L’expression vaniteux comme un paon n’a jamais paru aussi juste!

Toutes les cloches sonnent, sonnent…

Si vous êtes intéressés par l’art religieux et les vieilles églises, vous allez être gâtés au Portugal. Si Montréal est la ville aux cent clochers, Lisbonne doit bien en compter mille! La monumentale cathédrale et les trésors qu’elle recèle vient en tête de liste et la démesure de son enceinte et ses jolis vitraux valent bien un petit détour.

Je vous conseille quand même de passer rapidement et de profiter de votre temps ici pour marcher dans les quartiers et laisser lentement le charme de la ville et de ses habitants vous envahir. Les azulejos et l’art mural auront vite fait de vous conquérir.

Ça vaut bien quelques calices et ostensoirs de 600 ans ou des robes défraîchies d’archevêque.

À venir: Castelo Branco, la Serra da Estrela, Aveiro, Braga, Guimãraes et Porto.

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