Roglic saute par-dessus Froome!

Descripteur des courses de vélo à RDS et reporter spécialisé en sport amateur, Sébastien Boucher prend la relève de François Parisien pour commenter le dernier tiers du Tour de France sur Polyblogue.

Le Tour de France vu par un Boucher… Étape 19

Par Guy Bertrand

Montréal – Drame? Coup de théâtre? Miracle? Tous ces mots risquaient de se retrouver dans les titres des articles relatant cette 19e étape du 105e Tour de France. Souffrance est assurément celui que tous les coureurs avaient en tête avant d’aborder cette route piquée de quatre cols dont deux hors-catégorie. 205 km d’enfer au programme entre Lourdes et Laruns.

Le premier groupe à quitter le peloton est formé de Sylvain Dillier (AG2R), Lukas Pöstlberger et Damien Gaudin (Direct Énergie). Dillier va chercher le premier point du jour en prenant la côte de Loucrup (catégorie 4).

Bob Jungels (Quick Step), Adam Yates (Mitchelton-Scott) et Tanel Kangert (Astana) rejoignent le trio de tête au km 21.

Warren Barguil (Fortuneo), Gorka Izagirre (Bahrain-Merida), Andrey Amador (Movistar) et Arthur Vichot (Groupama-FDJ) sortent à leur tour du peloton, suivis aussitôt par Julian Alaphilippe (Quick Step) et Sylvain Chavanel (Direct Énergie).

Nouvelle contre-attaque dix kilomètres plus loin. Cette fois, Romain Hardy (Fortuneo), Mikel Nieve (Mitchelton-Scott), Daniele Bennati (Movistar), Marcus Burghardt (Bora), Tom-Jelte Slagter (Dimension Data) et Bauke Mollema (Trek) sont impliqués.

Les groupes de poursuite se soudent juste avant d’arriver à la côte de Capvern-les-Bains (catégorie 4) qui accordera son point à Gaudin. Jungels crève dans la descente mais arrive à rallier le groupe de tête.

La contre-attaque rejoint les meneurs au 58e km. Ils sont maintenant 18 aux avant-postes de la course.

Damien Gaudin va chercher les 20 points du sprint intermédiaire de Sarrancolin.

On atteint la première grande difficulté de la journée, le Col d’Aspin (catégorie 1). Gaudin se relève et, derrière, Peter Sagan (Bora) est distancé par le peloton.

Sept autres coureurs sont lâchés par l’échappée à deux kilomètres du sommet au moment où Alaphilippe se lance à l’attaque. Aisément, le Français arrive le premier et s’assure le maillot à pois devant son compatriote Barguil, champion en titre de la montagne.

L’échappée s’attaque maintenant au célèbre Col du Tourmalet (hors-catégorie) long de 17,1 km et assorti d’une pente moyenne à 7,1%. L’écart avec le peloton est à 4’20.

Nouvelle attaque dans le peloton. Cette fois Mikel Landa (Movistar) s’élance en compagnie d’Ian Boswell et Ilnur Zakarin, coéquipiers de la Katusha. Romain Bardet (AG2R) les suit quelques instants plus tard.

Encore une sortie du peloton! Cette fois, c’est Rafal Majka (Bora) et Jakob Fuglsang (Astana).

Alaphilippe se paie un quatrième col hors-catégorie sur ce Tour au sommet du Tourmalet, un record de la Grande Boucle.

Le groupe de poursuite formé de Landa, Amador, Majka, Zakarin et Bardet ont rejoint Alaphilippe, Jungels, Barguil, Nieve, Izagirre et Kangert au km 133.

À 52 km de l’arrivée, Romain Bardet s’éloigne du groupe de tête. Il est aussitôt rejoint par Landa et Majka. Le trio est rattrapé deux kilomètres plus loin.

Au km 159, Kangert passe le premier le Col des Bordères (catégorie 2).

Le groupe de tête aborde le Col de l’Aubisque (hors-catégorie – 16,6 km à 4,9%) avec 1’35 d’avance sur le peloton.

Nairo Quintana (Movistar) paie pour les blessures subies lors de sa chute de la veille. Le Colombien est lâché et il va dégringoler au classement général.

Les attaques commencent dans le peloton. Steven Kruijswijk (Lotto-Jumbo) lance les hostilités. Tom Dumoulin (Sunweb) et Primoz Roglic (Lotto-Jumbo) le suivent.

Geraint Thomas (Sky) garde le rythme mais son coéquipier Chris Froome est lâché.

Dans la petite descente, à mi-chemin dans la montée de l’Aubisque, Froome réussit à revenir sur le groupe maillot jaune en compagnie de son fidèle coéquipier Egan Bernal.

Majka se lance en avant à deux kilomètres du sommet. Bardet et Landa voient le groupe maillot jaune revenir sur eux. Roglic passe à l’attaque 500 mètres plus loin, suivi par Bardet. Majka résiste devant et bascule au sommet du dernier col du Tour, seul en tête de course, avec 15 petites secondes d’avance sur ses poursuivants. Le Polonais est repris dans la descente et c’est Roglic qui prend la tête en imposant un rythme très élevé.

Le Slovène est à la limite et réussit à creuser l’écart avec le groupe de chasse.

Il franchit la ligne d’arrivée avec 19 secondes d’avance sur Thomas et Bardet. En ajoutant les dix secondes de bonification que lui confère sa victoire, l’ancien spécialiste de saut à skis devance Froome au troisième rang du classement général par 13 secondes.

À la veille du contre-la-montre, à moins d’un désastre, Thomas a donc le maillot jaune assuré, avec 2’05 de priorité sur Dumoulin, et 2’24 sur Roglic.

Guy Bertrand : On savait que Roglic était fort, mais il a ouvert les yeux de bien des gens aujourd’hui.

Sébastien Boucher : Aucun doute. Depuis le début du Tour, dans les Alpes, il y avait toujours quelques coureurs qui se détachaient – Thomas, Dumoulin, Froome – et Roglic était toujours là. Il n’avait pas nécessairement attaqué avant l’étape de Mende, le week-end dernier, où il est allé chercher huit secondes dans la dernière montée de trois kilomètres, ce qui semblait anodin à ce moment-là. Mais, on a commencé à se dire qu’il était fort. Dans les Pyrénées, il a suivi et aujourd’hui il a confirmé qu’il était un sérieux prétendant au général. Il s’est présenté au Tour de France sans vraiment d’attentes, puisque Steven Kruijswijk était le leader de la Lotto-Jumbo. Le voir gagner aujourd’hui, ce n’est pas vraiment surprenant parce qu’on savait qu’il était fort, mais je ne pense pas qu’il y avait beaucoup d’observateurs qui le voyaient troisième du classement général. Il mérite les deux. Aujourd’hui, il a porté de nombreuses attaques et il a pris des risques dans la dernière descente, à tel point que Froome et Dumoulin étaient incapables de le rejoindre. Ce que j’ai aussi trouvé impressionnant, c’est qu’il ne semblait pas avoir trop souffert à l’arrivée.

G.B : Alaphilippe a confirmé son maillot à pois avec panache. Même s’il est loin au général, on peut parler du Français le plus flamboyant de ce tour?

S.B : Oui, et de loin. C’est un vent de fraîcheur. Il est tellement agréable à voir courir et en plus, il a une personnalité attachante. C’est le chouchou des Français présentement. L’année dernière, c’était Barguil, mais cette année, en plus, Alaphilippe était dans toutes les échappées. On l’a vu aujourd’hui aider son leader Bob Jungels à essayer de revenir dans le Top 10 du général tout en confirmant son maillot à pois. Vraiment, il est très spectaculaire.

G.B : On a eu bien peur de perdre Sagan. Tu es surpris par cette baisse de régime?

S.B : Non, sa chute dans la 17e étape a laissé des séquelles. Hier, ça ne paraissait pas trop parce que le parcours n’était pas très exigeant, mais on a quand même vu qu’il ne pouvait pas faire d’effort lors du sprint final. Aujourd’hui, il peinait déjà dans les premières montées et dans le premier col, il donnait vraiment l’impression qu’il ne finirait pas. On voit qu’il est prêt à se battre mais on a l’impression que ses blessures gagnent sur lui.

G.B : Il y a 32 secondes d’écart entre Dumoulin, Roglic et Froome au général. Ça annonce bien pour le contre-la-montre de demain. Tes prédictions?

S.B : Sur papier, l’avantage va à Dumoulin. Lors des derniers Championnats du monde, on avait un parcours similaire à celui de demain, et la distance était identique (31 km). Dumoulin avait dominé l’épreuve et Roglic avait terminé deuxième, 23 secondes devant Froome. Il ne faut cependant pas oublier que nous sommes dans la troisième semaine d’un grand tour et il va y avoir de la pression sur les coureurs. Avec ce qu’il nous a démontré ces derniers jours, on voir mal comment Froome pourrait devancer Dumoulin ou Roglic, mais il ne faut jamais le compter pour battu. En même temps, Roglic était impérial aujourd’hui. Ce serait agréable de le voir sur le podium à Paris.

Sébastien Boucher a entrepris sa carrière professionnelle de journaliste en 2007, à RDS, où il est toujours. Il est descripteur des courses cyclistes du réseau depuis 2013 et a couvert tous les Grands Prix cyclistes de Québec et Montréal depuis leur création. Originaire de St-Ignace-de-Loyola, le reporter spécialisé en sport amateur, a assuré la couverture de grands événements comme les Jeux olympiques de Londres, les Championnats mondiaux de gymnastiques et plusieurs épreuves des Coupes du monde de ski alpin et de ski acrobatique.
Vous pouvez le suivre sur Twitter.

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