Un pas en arrière…

Bon, bon, bon… Restons positifs! Ça va bien aller, mais clairement pas tout de suite, ni demain, ni la semaine prochaine, ni…

Par Guy Bertrand

Bref, il faut travailler à se relever le moral, en attendant.

Je vous propose donc un petit retour en arrière qui mettra en perspectives quelques petits trucs, qui vous fera aussi sourire (enfin, je l’espère), mais surtout qui vous fera oublier l’espace de quelques minutes la grisaille ambiante.

On recule de 50 ans, à la fin de 1970, la porte d’entrée d’une autre décennie fascinante sur la planète où de nouveaux enjeux se dessinent.

Bien sûr, on sort des années 60, période de révolution étudiante à travers la planète menée par un puissant mouvement de contre-culture.

Au dernier jour de l’année, qui sont les premières victimes constatées de ce mouvement?

Les barbiers!

Un article publié dans le New York Times, à la veille du Jour de l’an, nous apprend que la mode des cheveux longs fait mal aux commerces qui affichent le tournoyant cylindre bleu-blanc-rouge en devanture.

Le journaliste Richard Phalon nous parle de Tony Callone, un artiste des ciseaux de la 44e rue. Après avoir passé 40 ans debout derrière sa chaise, il appert que les pieds de monsieur Callone le font moins souffrir que son portefeuille. Deux ans plus tôt, les quatre fauteuils de son salon étaient constamment occupées, six jours sur sept. Aujourd’hui, il est seul et pense à la retraite.

« Des clients que je voyais aux deux semaines, ne sont pas revenus depuis trois mois », affirme-t-il au journaliste.

D’autres sont moins résignés. Phalon raconte qu’un garçon de 12 ans a été traumatisé en se faisant imposer une coupe en brosse par un barbier excédé. Un autre client, adulte celui-là, a quitté en trombe le salon où on venait de lui raser la moitié du coco sans lui demander son avis, et sous les injures du barbier, par-dessus le marché!

« You f*** with your long hair, you’re the kind of guys who are ruining the country.”

C’est pas d’hier qu’on dit des âneries dans les USA.

Au feu!

Bon, laissons les histoires de poil de côté pour passer à la bouffe. Parce qu’un poil sur son repas…

OK Passons.

Vous avez tous vu cette triste histoire de la restauratrice de l’avenue Mont-Royal qui a récolté une amende récemment pour avoir essayé de servir de la soupe à l’oignon et de la raclette sur une terrasse extérieure?

Disons que les règlements étaient un peu plus souples en 1970, comme en fait foi cette publicité tiré des pages de La Presse.

Hum, je me demande ce que le chef des pompiers de l’époque en pensait…

Libarté!*

Parlant de publicité.

La fin des années 60 voit l’explosion mondiale d’organisations dédiées à la libération de la femme. 50 ans plus tard, il est clair que ce mouvement a été d’une grande utilité et qu’il demeure extrêmement pertinent.

En regardant cette publicité d’un magasin de fourrure publiée en avril 1971, on peut croire que les agences de publicité de Madison Avenue avaient rapidement saisi l’importance du women’s lib.

Malheureusement, ce serait une erreur de croire en la clairvoyance des publicistes newyorkais.

Quatre mois plus tôt, le même magasin de fourrures s’affiche ainsi sur une page entière.

Oui, c’est bien une laisse que vous voyez sur la photo où la dame nous déclare qu’elle ne veut pas être libérée.

Que s’est-il passé pour qu’un tel virage se produise? Mes recherches ne m’ont pas permis de trouver la réponse. Mais on peut penser que la pub initiale a suscité assez de réactions négatives pour pousser ces grands esprits à reconsidérer.

Comme le disait Madame Roland : « O liberté! Que de crimes on commet en ton nom. »

*Pour les lecteurs hors-Québec: Libarté! est le cri ralliement de nos conspirationnistes locaux. Il n’y a pas de faute.

Hey Greta, celle-là est pour toi!

Au tournant des années 70, on commence à parler beaucoup plus sérieusement d’environnement. À tel point que le premier janvier 1971 le Président américain Richard Nixon signe une loi qui vise à réduire de 90 % les émissions polluantes des automobiles en l’espace de six ans! Lors de la cérémonie, Nixon assure que « ce n’est que le début! »

Un autre exemple où le message a bien des difficultés à se faufiler.

Le même jour, le populaire commentateur radiophonique Jeffrey St. John signe un papier d’opinion dans le New York Times où il écrit notamment : « Le mouvement environnemental aux États-Unis est devenu un hystérique troupeau de moutons idéologique. (…) Leur approche insensée est d’autant plus étonnante que ces soi-disant amis de la Terre continuent à clamer que notre planète périra à moins de modifier notre prétendu parcours suicidaire. »

Heureusement, les pupitreurs du NYT font suivre cette envolée littéraire par un court message du premier homme à avoir mis le pied sur la Lune qui rappelle que l’importance de protéger et sauver la Terre n’a jamais été aussi évidente :

« La protection (de la planète) ne doit cependant pas être dirigée contre des agresseurs extérieurs où des désastres naturels mais bien contre sa propre population. »

– Neil Armstrong

Apocalypse Now! Euh…

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que les fausses nouvelles et le phénomène des sectes ne datent pas d’hier.

Dans cette même édition du New York Times, on trouve un article qui nous révèle que, que…  ben que la fin du monde n’est finalement pas arrivée!

Le journaliste, dont le nom n’apparaît pas, nous apprend que les dirigeants d’une branche de la True Light Church of Christ sont renversés de constater que le monde n’a pas pris fin la veille.

Le chef temporel de cette joyeuse bande de 450 illuminés de la Caroline du Nord, H. Flake Braswell, déclare au reporter : « Je ne peux pas vous donner d’explication satisfaisante ». Il ne sait pas non plus s’il va rouvrir son commerce de rembourrage qu’il avait fermé l’année précédente parce que, ben ça ne donne rien de faire du rembourrage si la fin du monde est pour la fin de l’année, hein?

Un autre membre de la vraie lumière a abandonné son emploi au bureau de poste local et ne pense pas se chercher une autre position parce que « je m’attends à d’autres développements », dit-il.

Ti-Paul et la bombe

Et puisqu’on est dans le domaine religieux, allons voir cette page de Tribune Le Matin, ce quotidien de Lausanne dont les artisans sont des magiciens du titre.

C’est sans doute avec beaucoup d’émotion que le peuple suisse apprends que l’église catholique renonce à la bombe.

Mais, ce n’est pas tout à fait ça. Le Vatican annonce en ce premier janvier 1971 – proclamé Journée mondiale de la paix par le Pape Paul VI – qu’il signera le traité de non-dissémination des armes atomiques pour apporter son soutien moral aux principes sur lesquels il est fondé.

Et, sans doute aussi un peu parce que, les armements les plus sophistiqués détenus alors par la cité-État sont les hallebardes des zouaves pontificaux.

Toujours sur la scène internationale, le journal lausannois souligne ceci :

Et c’est pertinent de le souligner, parce que monsieur Eban est alors ministre israélien des Affaires étrangères. Il s’adresse aux peuples arabes via la télévision israélienne pour les inciter à revenir à la table de négociations. Là, c’est un peu moins pertinent. Il a beau parler arabe, je ne suis pas certain que le public qu’il vise va le regarder sur cette chaîne.

Malgré tout, les pourparlers de paix présidés par le Dr Gunnar V. Jarring, envoyé spécial de l’ONU, vont bien recommencer, mais n’empêcheront pas la guerre de reprendre en octobre 1973.

Qui sont les Beatles?

Dans le Times de Londres, le premier de l’an est l’occasion de faire la revue des événements de tous les domaines. Dans la revue musicale, William Mann consacre son article à la musique classique et plus particulièrement au 200e anniversaire de naissance de Beethoven et termine avec ce paragraphe :

« Les Beatles qui ont dominé le monde de la musique rock pendant sept ans ont laissé savoir qu’ils s’étaient séparés. La disparition des festivals de musique pop a aussi été proclamée avec confiance. Pour terminer sur une note plus positive, l’arrivée d’un nouveau medium de reproduction musicale, la cassette vidéo a été annoncée, bien que présentement, elle ne soit que commercialisée au Japon. » 

J’en déduis que l’âge moyen de la clientèle visée par le Times ne se situait pas en bas de 30 ans.

Le Nostradamus québécois

Plus près de chez nous, le regretté Luc Perreault, alors à La Presse, se lance dans un exercice de voyance, comme tous ses collègues de la section Arts et spectacles, et tente de prédire à quoi ressemblera le cinéma en 2012.

Le chroniqueur nous annonce notamment l’arrivée du cinéma maison 30 ans avant le temps :

« …le monde entier fut inondé vers l’année 1975 de ces appareils très miniaturisés qu’on pouvait brancher sur son appareil de télévision et qui permettaient de visionner tous les classiques du cinéma et, petit à petit, les derniers succès de l’industrie cinématographique. »

Et monsieur Perreault ne s’arrête pas là :

« Il devint bientôt possible à un simple mortel (…) de réaliser ses propres films (sur bande magnétoscopique) (…) et de le mettre sur le marché, s’il jugeait son œuvre valable (…) il y eut une multiplication de déchets audio-visuels qui découragea pendant 10 ans le public, non préoccupé directement par la création, à consommer du cinéma. »

Le journaliste en rajoute en prévoyant une longue période de confinement, cependant reliée à la pollution de l’air, et l’apparition des hologrammes. Il imagine d’immenses salles de cinéma sphériques ou les spectateurs assistent à « la projection de personnages et d’objets en relief qui évoluent au milieu des spectateurs. »

La True Light Chuch of Christ aurait eu avantage à magasiner sa boule de cristal au Québec.

5 réflexions sur “Un pas en arrière…

  1. Bon matin mon beau-frère préféré,
    Merci pour cet autre article bien documenté. C’est toujours aussi distrayant de te lire.
    Dans les années 70, j’étais très très jeune, trop jeune pour me rendre compte que le monde évoluait ….heureusement pour certains sujets, vers le mieux. Merci aux femmes qui n’ont pas voulu rester enchaînées !!!

    Ta belle-sœur préférée, Stéphanie

    Aimé par 1 personne

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