Alaphilippe… avec un peu de chance!

Descripteur des courses de vélo à RDS et reporter spécialisé en sport amateur, Sébastien Boucher prend la relève de François Parisien pour commenter le dernier tiers du Tour de France sur Polyblogue.

Le Tour de France vu par un Boucher… Étape 16

Par Guy Bertrand

Montréal – Les coureurs du 105e Tour de France renouent avec la montagne lors de la 16e étape. Après les éprouvantes chevauchées alpestres, les étapes des Pyrénées représentent une dernière occasion pour les prétendants au titre toujours en lice, de menacer le duo dynamique de la Sky formé de Geraint Thomas, actuel maillot jaune, et Chris Froome, champion en titre.

L’arrivée se fait à Bagnères-de-Luchon, là où Froome est allé chercher le maillot jaune à l’issue de la huitième étape du Tour de 2016, en jouant les trompe-la-mort dans la dernière descente.

Après quelques petites attaques sans conséquence, Warren Barguil (Fortuneo) se lance en avant dans la côte de Fanjeaux (catégorie 4). Le Breton concrétise au sommet pour le seul point en jeu.

Au km 29, obstacle non-prévu. Une manifestation d’agriculteurs stoppe le peloton. Les policiers arrivent à les disperser en utilisant notamment du poivre de Cayenne, ce qui incommode aussi quelques coureurs. 16 minutes et 4 km plus loin, on donne un nouveau départ.

Au 50e km, Barguil, Daryl Impey (Mitchelton-Scott), Julien Bernard (Trek) et Julian Alaphilippe (Quick Step) tentent une nouvelle attaque. Ils sont rejoints par Gregor Mühlberger (Bora), Michael Valgren (Astana), Nils Politt (Katusha) et Rudy Molard (Groupama-FDJ).

À la côte de Pamiers (catégorie 4), Alaphilippe reprend le point perdu à Barguil dans l’ascension précédente.
Au kilomètre 80, le peloton a repris l’échappée.

44 coureurs, dont les prétendants au maillot à pois, se détachent du peloton au 100e km.
Au sprint intermédiaire de Saint-Girons, le Français Christophe Laporte passe en premier. Ce sprint passé, Peter Sagan (Bora) est maintenant assuré de conserver le maillot vert du classement aux points jusqu’aux Champs-Élysées, puisqu’il n’y a plus suffisamment de points en jeu pour que son plus proche concurrent, Alexander Kristoff (UAE), puisse le rattraper.

Le vétéran belge Philipe Gilbert (Quick Step) attaque dans la montée du Col de Portet-d’Aspet. Il mérite les cinq points au sommet, suivi par Alaphilippe (3 points) et Barguil (2 points).

Gilbert donne une bonne frayeur à tout le monde en ratant un virage dans la descente. Il bascule par-dessus le muret mais arrive heureusement à remonter sur son vélo sans blessure sérieuse apparente. Warren Barguil chute également dans cette descente.

Barguil amorce la montée du Col de Menté aux avant-postes de la course avec Robert Gesink (Lotto-Jumbo) et Damiano Caruso (BMC), mais n’arrive pas à soutenir le rythme des deux autres. À l’opposé, Alaphilippe est tout en jambes et va chercher les deux meneurs avant d’atteindre le sommet en solitaire. Il ajoute dix points à son avance du classement de la montagne.

À 18 kilomètres de l’arrivée, on amorce la dernière ascension de la journée, celle du Col du Portillon (catégorie 1). Dès le début, Barguil est lâché.

À trois kilomètres du sommet, Adam Yates (Mitchelton-Scott) se détache d’un groupe de sept coureurs qui inclut Alaphilippe. Ce dernier se lance à sa poursuite à un kilomètre du sommet… Trop tard!

Le Britannique est le premier au sommet. Mais attention, coup de théâtre dans la descente, à sept kilomètres de l’arrivée! Yates chute et voit Alaphilippe s’emparer de la tête. Le Français fait cavalier seul et se permet même quelques célébrations à un kilomètre de sa deuxième victoire d’étape sur ce Tour 2018.

Guy Bertrand : Belle victoire, même si un peu chanceuse, d’Alaphilippe. À 26 ans, a-t-il les qualités pour devenir le leader d’une équipe?

Sébastien Boucher : Des journalistes lui ont demandé s’il était intéressé à jouer le classement général sur un grand tour, et pour le moment, lui dit que ce n’est pas dans ses plans. Qui sait si ça peut le devenir lorsque tu gagnes deux étapes sur le Tour de France? C’est une chose de se glisser dans une échappée pour aller gagner une étape, mais l’approche est bien différente quand on joue le général. Mais qui aurait dit que Geraint Thomas ou Bradley Wiggins seraient en jaune sur le Tour de France, eux qui étaient des champions du monde et champions olympiques en poursuite sur piste? Alaphilippe, c’est un coureur que j’adore, il est spectaculaire. Pour le moment, c’est surtout un gars de classiques, mais qui sait ce qui peut arriver à long terme?

G.B : La chute de Barguil va-t-elle lui coûter le maillot à pois?

S.B : Probablement. Lors des entrevues qu’il a données ces derniers jours, on le sentait déjà énervé. Il n’a pas eu un grand début de saison. Il a eu beaucoup de pression avec ce changement d’équipe, lui qui est passé de la Sunweb, où il avait une entente encore valide pour un an, pour se joindre à l’équipe bretonne Fortuneo. Il le disait, il a aussi beaucoup de pression car, ce qu’Alaphilippe fait cette année, c’est lui qu’il l’a accompli en 2017. La chute d’aujourd’hui est certainement un dur coup sur la motivation. Remarque qu’il disait que son objectif premier était une victoire d’étape mais c’est évident qu’il voulait le maillot à pois, même s’il ne le dira pas. Cela dit, s’il n’a pas été touché physiquement par cette chute, je pense qu’on va le revoir rouler en avant.

G.B : À cinq jours de l’arrivée à Paris, On sait déjà qui portera le maillot vert. Pas de surprise là?

S.B : Absolument pas. Sagan a montré qu’il peut gagner sur tous les terrains. Dans les Alpes, il sortait très tôt du groupe de tête pour aller disputer les sprints intermédiaires. C’est un coureur complet. Il n’est jamais en danger pour entrer dans les délais dans la montagne. On l’a vu aussi, dimanche, se mettre au service de Rafal Majka. Tant que Peter Sagan est en santé et qu’il peut compléter le Tour de France, le maillot vert est à lui.

G.B : Exclusion de Gianni Moscon (Sky) pour avoir frappé Elie Gesbert (Fortuneo), au départ de l’étape de dimanche. Des conséquences pour l’équipe britannique?

S.B : Je ne penserais pas. Ils sont tellement dominants et il ne reste pas beaucoup d’étapes. Moscon excellait surtout dans la plaine. Il aurait été utile aujourd’hui pour prendre les relais avec Luke Rowe, mais ça ne roulait pas plein régime dans le peloton. À la 18e étape, on va encore laisser partir l’échappée, donc il n’y aura pas de bataille là. Alors, Moscon, son travail était déjà essentiellement fait. Je ne pense pas que son absence nuise à la Sky. Je pense d’ailleurs qu’on va lui montrer la porte à la fin du Tour puisque c’est le quatrième incident qui l’implique en un peu plus d’un an.

G.B : Demain, c’est l’étape que tout le monde attend depuis le dévoilement du parcours par les organisateurs (9 h, RDS). Une courte distance, 65 km entre Bagnères-de-Luchon et Saint-Lary-Soulan, mais deux cols de première catégorie et un hors-catégorie, le Col du Portet, pour terminer.

S.B : Dès le début, on part en ascension dans le Col de Peyresourde. Une autre chose qui pique la curiosité c’est que les dix premiers coureurs au classement général vont s’élancer dans cet ordre au départ, un peu comme en Formule un. Ce serait peut-être intéressant d’avoir Pierre Houde avec nous pour qu’il nous lance : « Et on roule à Bagnères-de-Luchon! » (rires). Une chose est certaine, l’étape sera spectaculaire. Il n’y aura de place à l’erreur pour personne. Celui qui connaîtra une mauvaise journée ne pourra pas se rattraper. J’attends beaucoup de la Lotto-Jumbo, mais la question est de savoir que fera la Sky? Ils contrôlent tellement bien, tellement fort, qu’ils découragent les autres équipes d’attaquer. Je pense que ça va partir raide, il y a des équipes qui ne voudront pas laisser la Sky s’organiser, c’est là que ça peut être intéressant!

Sébastien Boucher a entrepris sa carrière professionnelle de journaliste en 2007, à RDS, où il est toujours. Il est descripteur des courses cyclistes du réseau depuis 2013 et a couvert tous les Grands Prix cyclistes de Québec et Montréal depuis leur création. Originaire de St-Ignace-de-Loyola, le reporter spécialisé en sport amateur, a assuré la couverture de grands événements comme les Jeux olympiques de Londres, les Championnats mondiaux de gymnastiques et plusieurs épreuves des Coupes du monde de ski alpin et de ski acrobatique.
Vous pouvez le suivre sur Twitter.

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