Geraint Thomas passe à l’attaque

Pour la durée du Tour de France, l’ancien coureur québécois François Parisien qui est aussi analyste à RDS, a accepté de nous livrer ses impressions à chaud, à l’issue de chaque étape.

Le Tour de France vu par un Parisien – Étape 11

Par Guy Bertrand

Montréal – Il fallait une forme olympique pour attaquer la onzième étape du Tour de France qui comptait deux cols hors-catégorie sur les premiers 60 kilomètres. Ça tombe bien, les coureurs s’élançaient d’Albertville, site des Jeux olympiques d’hiver de 1992.

Peter Sagan (Bora) fait partie du premier groupe d’échappée de la journée, et pour cause. Le Slovaque va chercher le seul sprint de l’étape au 12e kilomètre, et les 20 points qui y sont associés avant de dire au revoir à Damiano Caruso (BMC), Warren Barguil (Fortuneo), Dani Navarro (Cofidis) et Romain Sicard (Direct Énergie) qui attaquent la première ascension.

Dans la montée, Julian Alaphilippe (Quick Step) et Tejay Van Garderen (BMC) rejoignent le groupe de tête. Le héros de la dixième étape arrive le premier au sommet de la Montée de Bisanne et récolte 20 points supplémentaires au sommet du classement de la montagne.

À 62 kilomètres de l’arrivée, le groupe d’échappée est rejoint par 26 poursuivants.

Six kilomètres plus loin, ça sent la fin pour le maillot jaune Greg Van Avermaet (BMC). Le Belge en arrache clairement, mais il aura quand même porté le jaune pendant neuf jours.

Alejandro Valverde (Movistar) sort du peloton au même moment. Première attaque d’un favori. Un peu plus loin, Alaphilippe voit ses efforts des deux derniers jours le rattraper et il perd le contact avec le groupe de tête.

En avant, Warren Barguil franchit le premier le Col du Pré, suivi de Serge Pauwels (Dimension Data). Barguil ajoute une première place au Cormet de Roselend, ce qui lui donne un total de 25 points pour les deux ascensions au classement du maillot à pois.

La descente qui suit est très technique et Mathias Frank (AG2R) frôle la catastrophe alors que son vélo va heurter la barrière de sécurité. Il peut cependant reprendre la course.

Tom Dumoulin (Sunweb) quitte le peloton à son tour dans la descente.

Armael Moinard (Fortuneo), Barguil, Tanel Kangert (Astana) et Mikel Nieve (Mitchelton-Scott) sont les meneurs au début de la montée de La Rosière (catégorie 1).

Dumoulin rejoint Valverde qui faiblit à 15 km de l’arrivée. En avant, Nieve attaque avec 8,5 kilomètres à faire. Barguil est à la peine.

À six kilomètres, Geraint Thomas (Sky) s’échappe du peloton. Quelques secondes plus tard, au tour de Chris Froome (Sky) de s’élancer avec Dan Martin (UAE).

L’envolée de Thomas est remarquable, il rejoint Dumoulin puis Nieve à 300 m de l’arrivée pour aller chercher l’étape, le maillot jaune et grappiller quelques secondes de plus à son coéquipier Froome.

Guy Bertrand : Toute une fin de course avec Geraint Thomas qui attaque à six kilomètres de la fin, suivi de Froome. Ton analyse…

François Parisien : En fait, quelle course du début à la fin. Sagan était actif dès le départ, gros travail de Fortuneo avec Barguil qui a vraiment essayé d’aller chercher l’étape, Geraint Thomas qui attaque… Ça a été intéressant d’ailleurs de voir la réaction de Froome. Clairement, il espérait que les autres leaders d’équipe se mettent en chasse pour ramener Thomas et lui permettre de contre-attaquer. Mais Romain Bardet (AG2R) Nairo Quintana (Movistar), Vincenzo Nibali (Bahrain-Merida) et les autres se sont regardés et ont décidé de ne pas revenir. Thomas en a profité, il est allé à fond de train, tant mieux pour lui.

G.B : Qui sont les grands perdants de cette journée?

F.P : Les Movistar. Ils sont complètement tassés du classement général. La tactique avec Valverde a échoué. Il a explosé à la fin et a perdu du temps (retard de 4’28 sur Thomas au général). Quintana, selon moi, est beaucoup trop loin maintenant pour espérer le podium (3’16 de retard), et Landa souffre encore de sa chute lors de la 9e étape (2’56 de retard).

G.B : Le pauvre Nieve qui a travaillé très fort sur cette étape se fait voler la victoire dans les 300 derniers mètres.

F.P : On passait d’un pourcentage de neuf pour cent à quatre pour cent dans le dernier kilomètre. Alors, je m’attendais à ce que les 30 secondes d’avance de Nieve soient suffisantes. Malheureusement, il s’est effondré. Quand j’ai vu Thomas revenir sur lui, j’étais bouche bée. Je me disais, mon Dieu, que c’est triste pour lui.

G.B : On a frôlé la catastrophe avec Frank. Comment se vit une descente comme celle du Cormet de Roselend. Quelle vitesse peut-on atteindre?

F.P : C’est Tom Dumoulin qui a atteint la plus haute vitesse dans la descente avec une une pointe à 93,5 km/h. C’est rapide, mais ce qui est plus dangereux, ce sont les virages. C’est là qu’on peut se faire prendre. Heureusement pour Frank, il a réussi à repartir. Mais c’est très dangereux. Je pense que tous les coureurs craignent ces descentes. Il faut essayer de contrer cette peur, et avoir la confiance qu’on peut bien gérer son vélo. C’est comme en F1. Quand on prend un virage, on est à la limite de l’adhérence du pneu, on prend toute la route. Si on touche une craque, une petite bosse ou du gravier, on est tellement à la limite, qu’on peut facilement partir à la faute. C’est certain que les coureurs y pensent. Ils ont tous peur.

G.B : Demain, la 12e étape nous amène à la légendaire Alpe d’Huez, en passant par les non-moins mythiques Col de la Madeleine et de la Croix de Fer (07 h 30, RDS2). Que va-t-il se passer?
Qui sont tes favoris?

F.P : Aujourd’hui, mis à part la Sky, tout le monde est pas mal perdant. Alors je ne sais pas trop comment ça va se passer. La Movistar a essayé d’attaquer de loin, sans succès. Est-ce qu’une autre va tenter le coup? En fait, demain ce serait une étape parfaite pour qu’une échappée se rende jusqu’au bout. Ce sera certainement un coureur très loin au général qui va l’emporter.

François Parisien est analyste du Tour de France à RDS. Coureur retraité depuis bientôt cinq ans, François a connu une belle carrière qui l’a notamment vu remporter le Championnat canadien sur route en 2005 et une étape du Tour de Catalogne, en 2013. Il est le premier cycliste québécois à avoir remporté une épreuve du UCI World Tour.
Vous pouvez le suivre via Facebook et Instagram.

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