Une autre occasion de célébrer pour les Français!

Pour la durée du Tour de France, l’ancien coureur québécois François Parisien qui est aussi analyste à RDS, a accepté de nous livrer ses impressions à chaud, à l’issue de chaque étape.

Le Tour de France vu par un Parisien – Étape 10

Par Guy Bertrand

Montréal –Première étape de montagne de ce 105e Tour de France. Après une journée de repos, le peloton reprenait la route vers le Grand-Bornand, en Haute-Savoie. Le parcours de 158,5 km, était compliqué par le passage de cinq cols, dont le redoutable enchaînement Col de Romme et de la Colombière, deux ascensions de catégorie 1, sur les 40 dernières bornes.

Peter Sagan (Bora) et Julian Alaphilippe (Quick Step) lancent la première véritable action de la journée dans la première ascension, celle du Col de Bluffy, de catégorie 4. Alaphilippe en profite pour mériter son premier point en montagne.

Au 21e kilomètre, ils sont 21 dans le groupe d’échappée, dont Sagan – qui enlèvera le sprint intermédiaire huit kilomètres plus loin – Alaphilippe, son coéquipier Philippe Gilbert, Tony Gallopin (AG2R) et Greg Van Avermaet (BMC), détenteur du maillot jaune.

Rudy Molard (Groupama-FDJ) est le premier au sommet du col de la Croix Fry (1re catégorie). Son coéquipier David Gaudu prend l’initiative dans la montée des Glières, mais il est coiffé au sommet par Alaphilippe.

Le Français remet ça dans le col de Romme. Après avoir rejoint l’Estonien Rein Taaramäe (Direct Énergie) à un peu plus d’un km du sommet, il passe en tête et empoche 10 points au classement de la montagne.

Julian Alaphilippe est impérial. Il laisse tout le monde derrière lui et va enlever la première étape de sa carrière sur le Tour de France en plus de s’emparer du maillot à pois.

Guy Bertrand : Effort héroïque de Julian Alaphilippe. Une telle démonstration peut-elle semer un doute sur ses rivaux pour le maillot à pois?

François Parisien : C’est encore tôt pour juger. Déjà, demain, on a deux cols hors-catégorie qui vont pratiquement donner plus de points que toute l’étape d’aujourd’hui. Je pense personnellement qu’il va jouer le maillot à pois pour le restant du Tour. Ça aurait peut-être été un peu différent s’il n’avait pas gagné l’étape, mais maintenant qu’il a réussi ça, il peut se concentrer sur un nouveau projet, et celui-là en est un beau pour lui.

G.B : À quel point c’est gros une victoire d’étape française sur le Tour de France?

F.P : À l’exception des cinq monuments (Milan-San Remo, Tour des Flandres, Paris-Roubaix, Liège-Bastogne-Liège, Tour de Lombardie) et le Championnat du monde, il n’y a rien qui peut battre une victoire d’étape au Tour de France. Le faire pour un coureur français, surtout quand c’est le premier français qui le fait sur une année donnée, ça augmente l’attention médiatique et les retombées sont vraiment énormes. C’était la bonne opération pour Alaphilippe, d’autant plus qu’il l’a fait d’une façon incroyable. C’est le genre d’exploit qui rapporte beaucoup médiatiquement.

G.B : Le miracle est arrivé. Van Avermaet conserve son maillot jaune et accroit son avance au sommet. Que doit-on lire dans cet exploit?

F.P : La première chose que je lis c’est qu’il ne laissera pas aller le maillot jaune aussi facilement. Je suis convaincu que si tu lui posais la question, il te répondrait qu’il ne pensait pas gagner du temps aujourd’hui. Il espérait peut-être limiter les dégâts à un retard de deux minutes au pied du dernier col, alors que c’est tout le contraire qui s’est produit. Il a augmenté son avance à 2’22. C’est l’histoire de la journée. Je vois aussi que les prétendants au classement général ne sont toujours pas intéressés à se battre. On est toujours dans une course d’attente.

G.B : Rigoberto Uran (EF) a été lâché dans la dernière montée. C’est un Tour à oublier pour lui?

F.P : Les blessures subies lors de la dernière étape lui font payer le prix physiquement et moralement. C’est terminé pour lui et son équipe au classement général. C’est impossible qu’il revienne.

G.B : Les spectateurs ont toujours été dans le portrait au Tour de France, mais est-ce que ça ne commence pas à être un trop dangereux? Alexis Vuillermoz (AG2R) a été contraint à l’abandon après un contact avec l’un d’entre eux qui voulait une photo dimanche, et on a vu un hurluberlu littéralement sauter par-dessus le groupe d’échappée sur son VTT lors de l’étape d’aujourd’hui. Y a-t-il un moyen de contrôler ce phénomène?

F.P : La particularité du vélo est que le sport se dispute sur les voies publiques. On ne peut pas mettre des barricades partout. C’est aussi la raison pourquoi le sport est aussi populaire en Europe. On peut voir les épreuves gratuitement, on peut pratiquement toucher aux coureurs et l’ambiance est incroyable. C’est comme si tu pouvais aller voir le Canadien de Montréal jouer sur une patinoire de quartier. L’affluence serait massive, et malheureusement, quand il y a de grosses foules, ce n’est pas tout le monde qui agit intelligemment. Ce n’est pas tout le monde qui sait comment vivre autour du peloton, ce n’est pas tout le monde qui comprends les dangers aussi. Je suis convaincu que le cycliste qui a sauté par-dessus le peloton aujourd’hui pensait qu’il n’y avait aucun problème. Mais il aurait pu entraîner une roche avec lui, causer une crevaison, ou encore pire, manquer son coup et tomber sur les coureurs. On voit ce genre de cascade à chaque année dans les grands cols. Que peut-on faire? Quand une personne décide de prendre une photo avec les coureurs sans se soucier de leur sécurité, c’est l’égocentrisme à son paroxysme. Par contre, il faut dire que les coureurs sont aussi souvent à la limite de la route. On la définit ou cette limite entre le spectateur et le coureur? Les deux empiètent sur le territoire de l’autre. On l’a vu avec Peter Sagan, l’année dernière, au Tour de Flandres. C’est un problème qui est là depuis toujours.

G.B : Demain, 11e étape entre Albertville et La Rosière (08 h, RDS2). Une étape courte de de 108,5 km mais il y a de bonnes difficultés. À quoi t’attends-tu? Tes favoris?

F.P : À chaque étape, je te dis que je m’attends à du spectacle et, à chaque fois, le peloton ne fait rien. Alors, je vais te dire que le peloton ne fera rien avant la dernière montée (rires). Mon favori pour demain, c’est Chris Froome. Le retour de Froome qui va se réaffirmer comme le leader des Sky au détriment de Geraint Thomas.

François Parisien est analyste du Tour de France à RDS. Coureur retraité depuis bientôt cinq ans, François a connu une belle carrière qui l’a notamment vu remporter le Championnat canadien sur route en 2005 et une étape du Tour de Catalogne, en 2013. Il est le premier cycliste québécois à avoir remporté une épreuve du UCI World Tour.
Vous pouvez le suivre via Facebook et Instagram.

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