L’enfer du Nord fait des victimes!

Pour la durée du Tour de France, l’ancien coureur québécois François Parisien qui est aussi analyste à RDS, a accepté de nous livrer ses impressions à chaud, à l’issue de chaque étape.

Le Tour de France vu par un Parisien – Étape 9

Par Guy Bertrand

Montréal – Plusieurs coureurs redoutaient ce passage sur les pavés empruntés au parcours du redoutable Paris-Roubaix, classique mieux connue sous le nom de l’enfer du Nord. Ils avaient raison de craindre.

Les étroits et poussiéreux segments ont fait des ravages dans le peloton, et seuls quelques rares chanceux ont réussi à survivre sans chuter ou être victime d’un bris mécanique.

Était-ce l’appréhension de cette journée? Toujours est-il que le malchanceux australien Richie Porte a chuté durement avant même d’atteindre le premier secteur de pavés. Touché à la clavicule droite, le leader de la BMC a été contraint à l’abandon, tout comme José Joaquin Rojas (Movistar), pris dans la même chute.

Pendant ce temps, Jérôme Cousin (Direct Energie) lançait une échappée avec son coéquipier Damien Gaudin, l’Espagnol Omar Fraile (Astana), le Néerlandais Antwan Tolhoek (Lotto NL-Jumbo) et le Belge Thomas De Gendt (Lotto-Soudal).
Ils seront bientôt rejoints par Chad Haga (Sunweb), Olivier Le Gac (Groupama-FDJ), Nicolas Edet (Cofidis), Lilian Calmejane (Direct Energie) et Reinhardt Janse Van Rensburg (Dimension Data). Du groupe, Gaudin et Van Rensburg vont parvenir à résister au peloton jusqu’au 19e kilomètre.

Journée de misère pour le Français Romain Bardet (AG2R), victime de trois crevaisons. Il était parvenu à remonter dans le peloton et même à lancer une attaque avant de voir la malchance fondre sur lui une troisième fois, à six kilomètres de l’arrivée. Il va tout de même s’accrocher et ne concèdera que sept secondes au peloton principal, à l’arrivée

Troisième au général avant cette étape, et dauphin de Porte chez BMC, Tejay Van Garderen a été victime de deux malchances et a franchi la ligne d’arrivée avec un énorme cinq minutes 47 de retard sur le gagnant.

L’autre grand perdant est le Colombien Rigoberto Uran (EF) qui a chuté et crevé ce qui l’a relégué de la 6e à la 22e place au classement général (retard de 2’53).

À l’avant, le détenteur du maillot jaune Greg Van Avermaet (BMC) s’est détaché du peloton avec John Degenkolb (Trek) et Yves Lampaert (Quick Step) à 16 kilomètres de l’arrivée. Gagnant du Paris-Roubaix de 2015, Degenkolb va lancer le sprint à 200 m de l’arrivée pour devancer le vainqueur de 2017, Van Avermaet, et Lampaert.

Guy Bertrand : François, on a eu droit à l’étape la plus excitante du Tour jusqu’à maintenant. Tu souhaitais de l’action, tu as été servi.

François Parisien : On a eu un gros spectacle. On sait comment Paris-Roubaix peut être explosif, on n’a pas été déçus. Le spectacle n’est pas venu de grosses attaques, mais des dommages que les pavés ont causé aux coureurs. Au classement général, des coureurs ont réussi à passer au travers et d’autres ont été éliminés.

G.B : Il y a eu de la controverse entourant ce choix des organisateurs de placer une épreuve qui comporte autant d’imprévus sur le Tour. Qu’en penses-tu?

F.P : Y a des coureurs qui trouvaient ça trop extrême mais d’un autre côté, ça donne tout un spectacle. Oui, des gros canons sont victimes de malchance, mais faut quand même mentionner que Richie Porte a chuté avant les pavés, un accident qui peut arriver à n’importe quel moment d’une course. On pourrait peut-être réduire la quantité de secteurs pavés sur l’étape, mais encore là, on a eu un gros spectacle et la plupart des coureurs ont réussi à passer au travers.

G.B : Sans surprise on avait deux anciens vainqueurs du Paris-Roubaix sur trois coureurs dans le sprint final. Leur expérience a fait la différence?

F.P : Oui, c’est sûr. On a bien vu que ceux qui étaient actifs devant sont ceux qui avaient déjà roulé sur des pavés. Il y a une façon spéciale de rouler sur les pavés. Si on est trop stressé et qu’on tient le guidon trop fort, ça va taper plus fort sur les pavés, ce qui augmente la chance de crevaison. Les coureurs habitués vont tenir le guidon plus mollement, on va laisser flotter la roue avant sur les pavés tout en gardant un minimum de contrôle.

G.B : Journée misérable pour BMC. On perd d’abord Porte, puis Tejay Van Garderen concède plus de cinq minutes au général. À l’opposé Van Avermaet gagne 36 secondes au premier rang. Comment vois-tu la suite pour cette équipe?

F.P : Il n’y a plus rien à faire pour eux que de viser les victoires d’étape. Pour Porte, c’est une malchance qui vient s’ajouter à celle subie en 2017 (il avait aussi abandonné lors de la 9e étape, après une chute). Van Garderen qui devenait le leader après son abandon n’est plus dans le coup, et Van Avermaet qui tentait de réaliser un rêve en remportant cette étape en portant le maillot jaune, va aussi être déçu. Oui, la deuxième place c’est bien, mais quand on s’appelle Van Avermaet, ça s’appelle une déception.

G.B : Combien de temps crois-tu que Van Avermaet va conserver le maillot jaune?

F.P : S’il le garde dans la première étape de haute montagne, donc mardi, ça va être un gros miracle.

G.B : Romain Bardet a montré détermination extraordinaire après avoir été victime de trois crevaisons.

F.P : Il est épaulé par une superbe équipe qui se dévoue à 300% pour lui. Et même à la toute fin, on le voyait hocher la tête après sa troisième crevaison, mais il a quand même réussi à remonter jusqu’à sept secondes du peloton. Chapeau! Romain Bardet a été pour moi le plus combatif de l’étape même si les organisateurs ont accordé ce titre à Damien Gaudin.

G.B : L’autre perdant de la journée c’est Uran qui accuse maintenant 2’53 de retard au classement général.

F.P : C’est un coup dur pour lui. En même temps, je me demande pourquoi il n’a pas réussi à revenir comme Bardet l’a fait. Il avait pourtant un paquet de coéquipiers avec lui. Il avait le temps et l’espace. Dur coup pour Education First, c’est sûr et certain.

G.B : C’est possible d’être touché mentalement après avoir subi des malchances au cours d’étapes semblables?

F.P : C’est une des particularités sur Paris-Roubaix. Il faut partir l’étape avec en tête la certitude qu’on aura des problèmes. Il faut l’accepter et continuer à se battre pour revenir devant. C’est ce que Bardet a fait. Il faut accepter que les pavés sont là pour nous détruire, composer avec, et en tirer le meilleur parti possible.

G.B : Demain, c’est congé. Avant d’entrer dans les Alpes mardi, quel bilan fais-tu de cette première semaine?

F.P : Une semaine d’attente et malheureusement ennuyeuse. Je ne sais pas ce qui se passe avec le cyclisme moderne mais sur le Tour de France on constate que quand les équipes veulent se préserver et qu’elles décident qu’il ne se passe rien… Eh bien, il ne se passe rien… jusqu’à aujourd’hui. Et même aujourd’hui, les favoris au général n’ont pas attaqué avant les derniers kilomètres. Ils ne faisaient que répondre à leurs malchances. Donc, on est encore dans une course d’attente. Même l’Équipe le mentionnait, la semaine a été vraiment difficile pour les organisateurs avec peu de mouvement.

François Parisien est analyste du Tour de France à RDS. Coureur retraité depuis bientôt cinq ans, François a connu une belle carrière qui l’a notamment vu remporter le Championnat canadien sur route en 2005 et une étape du Tour de Catalogne, en 2013. Il est le premier cycliste québécois à avoir remporté une épreuve du UCI World Tour.
Vous pouvez le suivre via Facebook et Instagram.

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